Lettre ouverte : Quand déneigement rime avec isolement!

10 fév 2020

Voici une lettre ouverte publiée dans La Presse dénonçant la négligence de la Ville de Montréal en matière de déneigement et les impacts dévastateurs que cela a sur la participation sociale et la santé des personnes à mobilité réduite.

 

Cette lettre est co-rédigée par le RUTA Montréal et Ex aequo, au nom de la Table de concertation sur l’accessibilité universelle des transports collectifs de l’île de Montréal qui regroupe une vingtaine d’organismes de défense des droits des personnes en situation de handicap préoccupés par l’accessibilité universelle des transports collectifs montréalais. Elle reçoit également l'appui du Comité régional pour l'autisme et la déficience intellectuelle (CRADI).

Texte intégral de la lettre :

Montréal, 06 février 2020

Quand déneigement rime avec isolement!

Chaque tempête laisse derrière elle des accumulations qui encombrent les trottoirs et rendent difficile, voire impossible, les déplacements des personnes à mobilité réduite. Après chaque bordée, les trottoirs deviennent difficilement praticables (ou impraticables) et nos roues s’enlisent dans la neige et la gadoue. Dans ces conditions, difficile de faire l’épicerie, de se rendre au travail ou d’aller à nos rendez-vous médicaux, des activités pourtant essentielles!

À cela s’ajoute une autre réalité qui rejoint les plus de 36 000 personnes qui utilisent le transport adapté (un service de transport porte à porte de la STM pour les personnes vivant une situation de handicap): si le passage de la porte de l’usager jusqu’à la rue où est stationné le véhicule n’est pas déneigé (cela inclut le trottoir), le transport adapté peut refuser d’effectuer le déplacement, pour éviter des risques de blessures. Cela pose problème, puisque les arrondissements sont responsables de déneiger les rues et trottoirs (et comme on l’a remarqué, cela peut prendre plusieurs jours dans les rues résidentielles) et laissent dans l’isolement les citoyen-nes qui ne sont pas en mesure de déneiger leur entrée.

Après la pluie… la neige

L’hiver dernier, après plusieurs années de mobilisation et de dialogue avec l’administration municipale, des militants en situation de handicap ou à mobilité réduite semblaient avoir obtenu des gains en matière d’accessibilité universelle hivernale. Alors que l’ensemble des élu-es se prononçait en faveur de la Motion pour garantir des déplacements sécuritaires et faciles pour tou-tes l’hiver, le responsable du déneigement de la Ville de Montréal, Jean-François Parenteau, annonçait la mise en place d’un programme de déneigement de la porte à la rue, pour les personnes à mobilité réduite. La Ville octroie 10 000$ à des organismes communautaires ou entreprises privées de chaque arrondissement pour employer des gens qui s’occupent du déneigement au domicile des personnes qui en font la demande.

Un an plus tard, force est de constater que sur le terrain, la situation n’est guère différente de celle des années précédentes. Si cette initiative est un premier pas, elle reste insuffisante. Encore cet hiver, des Montréalais et des Montréalaises se trouvent coincé-es dans des bancs de neige, chutent ou doivent obtenir l’aide des services d’urgences afin de quitter leur appartement. En appelant pour s’informer des programmes de chaque arrondissement, on se rend vite compte de la grande variabilité du service. Dans certains arrondissements, le programme est carrément absent. Dans d’autres, il n’est offert qu’aux personnes de 80 ans et plus. On apprend aussi que parfois, le maximum de places disponibles est épuisé (soit 30 personnes seulement pour un arrondissement). Cette proportion est inacceptable, compte tenu du nombre d’usagers et usagères du transport adapté sur l’île de Montréal. À Verdun, on nous répond que le programme est en place, mais qu’il manque de main-d’œuvre. À Rosemont, on nous informe qu’il faudra attendre un an de plus pour que les résident-es puissent avoir accès au service. Au final, ce service de déneigement dédié n’est offert qu’à une poignée de chanceux citoyens qui ne sont guère plus avancés une fois sur le trottoir.

Qu’est-ce qu’on attend?

Un an après l’annonce de la Ville pour la naissance de ce programme, le milieu associatif ne baisse pas les bras. La Ville de Montréal doit prendre ses responsabilités et s’assurer que le déneigement des trottoirs soit arrimé à celui des débarcadères, des arrêts d’autobus et des descentes de trottoir (et à celui du domaine privé, lorsque ce service est miraculeusement offert). En 2011, la Ville s’est dotée d’une Politique municipale d'accessibilité universelle. Elle a le devoir de se donner les ressources nécessaires afin d’assurer ses promesses en commençant par le Programme de déneigement de la porte à la rue. En refusant de prendre ses responsabilités, la Ville de Montréal est complice de notre isolement.

C’est également dans cette perspective que les groupes de personnes en situation de handicap demandent à ce que les citoyen-nes fassent attention lorsqu’ils déblaient leur entrée ou déneigent leur auto, de ne pas créer d’amoncellement sur des espaces dégagés, qui pourraient bloquer la possibilité d’une personne à mobilité réduite de se déplacer d’un point à un autre. Gardons collectivement les trottoirs dégagés! Ce n’est pas acceptable que des personnes soient prisonnières de chez elles en raison de cet isolement causé par un mauvais déneigement.

Florence Tiffou du RUTA Montréal, Mélanie Beauregard et Emely Lefrançois d’Ex aequo, au nom de la Table de concertation sur l’accessibilité universelle des transports collectifs de l’île de Montréal.