Saint-Henri et Pointe-Saint-Charles mobilisés pour garder les dîners scolaires à 1 $ pour les familles qui en ont besoin!

28 mar 2019

Montréal, 28 mars 2019 — Parents, citoyen.ne.s et groupes communautaires se sont réunis devant l’école primaire Charles-Lemoyne à la sortie des classes pour dénoncer le retrait du financement des repas à 1 $ dans deux écoles primaires à Pointe-Saint-Charles et  à Saint-Henri, deux quartiers défavorisés qui subissent de plein fouet la gentrification. Nos assiettes sont vides, faites votre part ! ont demandé les participant.e.s aux quatre paliers de gouvernement, en leur présentant leur “Guide pour une justice alimentaire”.  Ils réclament une solution urgente pour conserver la mesure l’an prochain, et surtout une politique alimentaire scolaire universelle pour que chaque enfant puisse apprendre dans un milieu scolaire équitable et nourrissant.

Si rien ne bouge, à la prochaine rentrée scolaire, ce sont 300 enfants vivant sous le seuil de pauvreté de ces deux écoles qui n’auront plus accès au service de dîner à 1 $.  Ceci est la conséquence de la nouvelle carte de défavorisation scolaire, produite par le Comité de Gestion de la Taxe scolaire de l’île de Montréal à partir du recensement de Statistiques Canada de 2016. La mesure alimentaire, financée par le Ministère de l’Éducation et réservée aux écoles qui font partie du 20 % le plus défavorisé, est coupée dans les écoles dépassant ce seuil.

“Nos quartiers se gentrifient, on le constate au quotidien. Mais les 300 enfants ne sont pas plus riches, même si leurs voisins le sont, s’indigne Camille Trudelle, de la CDC Action-Gardien. À l’école Charles-Lemoyne, 41 % des élèves de l’école seront privés de la mesure (195 enfants), et  un tiers des élèves à l’école Ludger-Duvernay (100 enfants).

Selon Madame Trudelle, c’est un non-sens. “ Si un indice masque à ce point la réalité et les besoins des familles et permet de telles aberrations, il faut changer les façons de faire. Tous les 5 ans, quand la carte est refaite, le drame se rejoue dans différents quartiers. Cette année, ce sont 9 quartiers et 14 écoles qui sont touchés”.

Des impacts importants appréhendés pour les familles

Le coût du dîner passera de 1 $ à 5 $, en plus de l’ajout de frais de garde du midi à 3 $. Pour un enfant, on passe d’un budget annuel de 162 $ à 1300 $. “C’est certain que les familles à petits revenus ne pourront pas absorber cette hausse. Les impacts seront désastreux sur la santé et la réussite scolaire de ces enfants. ” déplore Marianne Dumas, parent de l’école Charles-Lemoyne. Elle explique que tous les élèves ne pourront pas rentrer à la maison. Et ceux qui viennent en transport scolaire dans des classes d’accueil à Ludger-Duvernay ou de langage à Charles-Lemoyne n’auront pas d’autre choix que de payer le service de garde, faire les lunchs, et couper dans d’autres besoins essentiels. Elle ajoute que les périodes de dîner dans les écoles favorisent la socialisation et l’inclusion de tous les enfants, sans discrimination.

Enlever les dîners à la moitié des enfants de notre école ? Jamais ! affirme Marianne Dumas, de concert avec tous les parents présents au rassemblement.

Un “guide de la justice alimentaire” dans nos écoles

Les deux quartiers ont rendu public aujourd’hui ce guide, à l’image du tout nouveau guide alimentaire canadien, qui présente une solution concrète en trois volets pour s’assurer que les élèves mangeront à leur faim à l'école. Il s’adresse aux quatre paliers de gouvernement.

L’instauration d’une politique alimentaire scolaire universelle  - La vraie solution, ce sont des dîners gratuits et de qualité pour tous les enfants, indépendamment du revenu de leur famille.  Cette mesure est chiffrée entre 400 et 500 millions pour l’ensemble des élèves du Québec. Première victoire, le gouvernement fédéral s'est engagé récemment à établir un programme national d'alimentation scolaire, en collaboration avec les provinces et les territoires. Pourtant, il n’y avait pas dans le dernier budget fédéral ni argent ni échéancier rattachés à cet engagement[i].  “Nous demandons à la présidente de la CSDM et à nos député.e.s Marc Miller et Dominique Anglade d’aller à Ottawa et à Québec pour défendre cette politique universelle.

Une mesure pour tous les enfants vivant dans des familles sous le seuil de faible revenu -  « Il est absurde que tous ces enfants n'aient pas droit à un dîner abordable, peu importe qu’ils fréquentent une école considérée comme “défavorisée” ou non, affirme Shannon Franssen, de la CDC Solidarité Saint-Henri.  En attendant une politique universelle, nous demandons que le gouvernement du Québec et la Ville de Montréal travaillent dès maintenant avec la CSDM pour bonifier le financement afin d’assurer que tous les enfants qui en ont besoin aient accès à un dîner à 1 $”.

Une solution urgente d’ici la rentrée scolaire 2019 - On ne laissera pas 300 enfants sans dîner à la rentrée 2019.  Nous demandons à la CSDM un engagement ferme afin de trouver une solution, avec le ministère de l'Éducation du Québec, pour augmenter le budget et/ou réorganiser les financements existants en alimentation pour maintenir le dîner à 1 $ pour tous élèves qui sont menacés de perdre ce service à la rentrée. Il faut prioriser les financements pour garantir des dîners nutritifs aux enfants à faible revenu.  

L’exemple de Charles-Lemoyne et de Ludger-Duvernay le prouve : on ne peut pas continuer à jouer au yoyo avec le lunch et la santé des écoliers, qui perdent ou qui gagnent le droit de manger à l’école selon le niveau de défavorisation ou de gentrification de leur quartier. Ça prend des solutions ! ” conclut Madame Franssen.